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La Cinquième Saison d’Aline, un coin de paradis!

La Cinquième Saison d’Aline, un coin de paradis! - Rémi Tremblay : Actualités

Aline Perron court un objectif à la fois. Celui de tourner le calendrier sur la nouvelle année 2014 a été atteint avec succès. Et vlan, 2013 jetée à la poubelle avec ses mauvais souvenirs à minuit pile, le 31 décembre. Après 26 ans à combattre un, deux, trois, quatre et maintenant cinq cancers, elle s’est installée le 11 décembre dans une chambre de la Maison La Cinquième Saison, à Lac-Mégantic, où elle occupe ses journées à se faire du bien. La vie passe paisiblement, sans douleur!

Le jour du rendez-vous, je craignais devoir murmurer les questions à l’oreille d’une agonisante, elle m’attendait dans le corridor, debout, l’air un peu taquin. Les yeux pétillants, avec un brin de malice: «J’ai peur de commencer à les tanner, ici. Je me dis, ils vont être tannés de me voir.» La crainte d’être retournée chez elle? Pas vraiment, elle n’a plus de logis et n’a amené que l’essentiel dans son bagage. Elle voyagera léger. Mais la coordonnatrice des soins, Dominique Bilodeau, qui assiste à l’entretien, se fait rassurante: «C’est ici chez vous!»

Depuis l’apparition de son premier cancer, chaque anniversaire a représenté une autre année de gagnée sur le mauvais sort qui s’acharne. Le 5e, découvert quelques jours après la tragédie du 6 juillet, l’a menée directement à l’hôpital. «Celui-là est plus agressif!» Mais elle en a pris l’habitude. «Au début, je ne pensais pas me rendre à 50 ans, puis à 60 et 70. J’en aurai bientôt 73!» Précisément le 27 mars. La cuisinière de la Maison lui a promis un beau gâteau.

Aline, qui s’auto-étiquette «passé date» avec un certain humour, peut maintenant se jouer de la mort et de la vie. «Je me suis mis ça dans la tête d’essayer de tenir jusque là. On a tous besoin d’un but dans la vie, n’est-ce pas?»

Oui, j’aime la vie !
De la fenêtre de sa chambre, Aline a une vue sur le boisé. Tout est calme, dehors comme dedans! Pas de cris, pas de pleurs sur l’étage. Et surtout, pas de douleur en dedans! «Quand je suis partie de l’hôpital pour venir ici, j’étais faible. Je souffrais terriblement», confie-t-elle. Elle n’avait pas bonne mine à son arrivée. Depuis, elle prend du mieux. «Pourquoi je m’accroche encore? Pas parce que j’ai peur de la mort. Non, on a plutôt peur de souffrir, mais ici, on m’a juré qu’on ne me laisserait pas souffrir, jusqu’à la fin. Ici, ils ne te laissent pas souffrir, non, non, non, non ! C’est pour ça que je me sens comme au paradis.»
Cet après-midi, s’il ne vente pas trop, elle sortira sur le grand balcon prendre un peu l’air. «Si je pouvais prendre des marches, j’aimerais mieux ça, mais je manque d’oxygène dans les jambes! Je ne veux pas courir après le trouble.»

Depuis 15 ans qu’elle était de retour à Lac-Mégantic, où vit sa famille. Elle occupait, seule, un logement sur la rue Agnès. À quelques pas du lac. Ce qui lui donnait parfois l’idée d’aller faire une saucette depuis le terrain de l’ancienne coopérative. «Je vivais seule; c’était pas rassurant des bouts. Ici, je suis bien entourée, je ne suis pas inquiète. Je me sens comme au paradis. Quand ça fait des mois que tu souffres et que tu manges des Tylenol…» Pas de retour en arrière possible. «Moi, je dis tout. Quand ça va bien, je le dis, si ça va mal je le dis!». Dans son ancien chez soi, elle n’avait tout bonnement personne avec qui partager ses hauts comme ses bas. «Je vivais à Sherbrooke avant de revenir ici. J’ai été 25 ans là-bas. Mon mari a eu le cancer en même temps que moi, en 1999, mais pour lui, il n’y avait rien à faire. Ça faisait trois jours que j’étais sortie de l’hôpital pour un deuxième cancer, à ce moment-là. Et lui, il y entrait pour un cancer du pancréas.» Celui qui ne pardonne pas! La mort de son mari a été un moment dur à passer. Elle a même fait une autre récidive un an et demi plus tard.

Elle n’a jamais cherché l’amour ailleurs, sinon auprès de sa famille, avec un enfant et un petit-fils. Au moment de faire un dernier ménage dans sa vie, elle s’est débarrassée de toutes ses affaires. «Quand ils ont vidé mon logement, j’étais déjà installée ici. J’ai dit à ma famille: prenez tout ce qui fait votre affaire; videz tout ça!» Parfois, quelques regrets: «Y’a des choses que j’aurais pas dû donner tout de suite!» Elle n’avait pas envisagé souffler une autre bougie sur un gâteau d’anniversaire.

À la Cinquième Saison, Aline n’a guère eu le temps de se familiariser avec les autres voisins de palier. «Je reste dans ma chambre, mais je ressens des choses! Comme une lourdeur sur les épaules quand quelqu’un est sur le point de mourir.»

Ici, elle vit un jour à la fois. «Juste me réveiller le matin, voir le lever du jour, pour moi c’est une joie. Je suis une femme de jour. Ça représente la vie, surtout quand on a un beau ciel bleu comme aujourd’hui!»
Le même ciel bleu de son adolescence. Elle se rappelle le bon temps, «la première rockeuse de Lac-Mégantic» qui grattait la guitare et qui accompagnait son père, le violoneux. Dans les salles et même à Terre des Hommes. Une belle vie, en somme! Bon, reste plus qu’à attendre le gâteau.

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