L’entente sur la reprise ferroviaire déraille avant même d’être signée

L’entente sur la reprise ferroviaire déraille avant même d’être signée - Rémi Tremblay : Actualités
(Photo Suzanne Poulin)
L’entente sur la reprise ferroviaire déraille avant même d’être signée - Rémi Tremblay : Actualités

Tant les opposants au retour des wagons-citernes dans le paysage de Lac-Mégantic, visiblement outrés de ne pas avoir été consultés, que les élus qui négocient la reprise ferroviaire pour sauver «des milliers d’emplois», dira la mairesse Colette Roy Laroche, auront vécu des émotions en montagne russe, lundi soir. Un «malentendu» aurait fait dérailler ce qui semblait devenu une simple formalité. Le coup de crayon à la fin d’un document de plus d’une vingtaine de pages négocié depuis des mois est remis à plus tard.

«Si nous n’arrivons pas à un texte qui nous satisfait, nous n’aurons pas d’entente ce soir», a avisé la mairesse dès l’ouverture de la séance extraordinaire du conseil municipal. Le point principal à l’ordre du jour, l’entente à signer avec le Chemin de fer du Centre du Maine et du Québec Canada inc., l’acquéreur des actifs de la compagnie Montréal Maine & Atlantique.

Dans une salle attenante à celle occupée par près de 150 citoyens, le propriétaire de CMQ, John E. Giles, attendait, l’oreille collée au téléphone, le okay de ses avocats qui étudiaient encore les termes d’une modification de dernière minute demandée en toute fin d’après-midi par les procureurs de la Ville.

«Ce que nous avons demandé, nous y tenons. Et si ce n’est pas accordé…» Selon Colette Roy Laroche, l’ajout au texte était primordial, sans toutefois pouvoir en préciser les termes pour des raisons légales. Elle a rappelé que l’entente de principe sur la reprise ferroviaire était un préalable nécessaire à la transaction prévue ce jeudi, au Maine, officialisant l’achat de MMA par Fortress et sa filiale CMQ.

Ajournant la séance pour laisser le temps aux avocats des deux parties d’en arriver à la rédaction d’un texte commun satisfaisant, la mairesse a permis aux intervenants présents dans la salle bondée de s’exprimer. Ce qu’ils ont fait volontiers.

Une population divisée entre les partisans d’une interdiction de faire circuler des convois de matières dangereuses et de pétrole sur la voie ferrée du centre-ville, au nom de la sécurité des citoyens, et les autres, surtout des employeurs pour qui la reprise du service ferroviaire vers l’est comme vers l’ouest est essentielle au maintien de centaines d’emplois manufacturiers, autant pour l’industrie de la transformation du bois que pour celle du granit.

À l’origine d’une pétition lancée en août 2013 exigeant une voie de contournement ferroviaire, portant 3665 signatures, Richard Lefebvre, un médecin de Lambton, a déposé une requête demandant au conseil municipal de voter contre toute entente permettant le transit de matières dangereuses au centre-ville. «Se résigner à une telle concession équivaudrait à baisser le bouclier protecteur contre les risques catastrophiques encore possibles à cause de la pente extrême», a-t-il insisté, ajoutant que le mauvais état de la voie ferrée n’était pas la cause du déraillement survenu le 6 juillet 2013, faisant 47 victimes et pulvérisant une partie du centre-ville. «Il est inadmissible de recréer les mêmes conditions dangereuses d’avant la catastrophe», de conclure le médecin.

Un autre côté de la médaille, celui du président-directeur général de Tafisa Canada, Louis Brassard. «Tafisa est à Lac-Mégantic depuis 1992 à cause du chemin de fer. Cette usine est la plus grande en Amérique du Nord, voire dans le monde. Avant (le 6 juillet) le tiers de notre volume de production était expédié par train, à raison de 50 wagons par semaine. Un seul wagon équivaut à trois voyages de camion. Si c’est beaucoup d’énergie d’aller chercher un client jusqu’en Floride, ce l’est aussi de le garder. Je suis très inquiet de ce que j’entends ce soir, parce que, s’il n’y a pas d’entente sur la reprise ferroviaire, il y a un risque pour les emplois.»

Et pour la survie des usines, de renchérir Béland Audet, le propriétaire de Logi-bel, une entreprise de logistique du transport ferroviaire et routier installée dans le parc industriel. «Uniquement dans le granit, nous avons 11 compagnies qui utilisent le train. 3252 wagons par année, 847 emplois. En Beauce, quatre compagnies transigent par Lac-Mégantic. Cela représente 27% de la marchandise transportée entre Lac-Mégantic et Saint-Jean (Nouveau-Brunswick).»

À leur défense, Colette Roy Laroche a révélé l’existence de deux promoteurs qui ont mis leur projet en veilleuse «parce que le service ferroviaire est menacé.»

«Ils font du chantage», a rétorqué une citoyenne, Denise Bolduc. «Notre politique pétrolière est imbuvable», disait André Blais. Pour le commerçant Réjean Roy, qui a perdu une fille dans la tragédie, il faut que la sécurité passe avant tout. «Assurez-vous de ne pas faire affaire avec des compagnies qui servent des criminels», a même lancé un autre citoyen, sans doute au courant qu’au moment même où l’assemblée s’échauffait, des accusations criminelles tombaient sur la compagnie MMA et trois de ses employés.

À l’extérieur de la salle, le chef de la direction de Tact Intelligence-Conseil, Daniel Matte, faisait les cent pas. Son client, John Giles, se trouvait dans un bureau, en conférence téléphonique avec ses avocats. «On est très confiant d’en arriver à une entente», a-t-il glissé à l’Écho. «L’entente sur la portion américaine du chemin de fer de MMA pourrait se conclure quand même jeudi. Pour la portion canadienne, nous devons d’abord attendre l’entente avec la Ville.»

Le «malentendu», apprendrons-nous plus tard, repose sur des mesures de sécurité additionnelles. «La compagnie (CMQ) veut établir les conditions d’opération, nous, les conditions de sécurité!», avouera la mairesse, juste avant de retourner à la table de négociations avec son futur partenaire.

Mardi matin, par voie de communiqué, le Service des communications de la Ville expliquait : «Une demande de clarification demandée par la Ville de Lac-Mégantic, en fin d’après-midi lundi, a entrainé ensuite une modification de la part de CMQ. Les deux parties ont dû retourner à la table de négociation pour conclure un nouveau projet d’entente.»

Les membres du conseil doivent se réunir de nouveau dans les prochains jours pour établir les prochaines étapes dans ce dossier.

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