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Le registre qui divise
Sujet délicat, la pertinence pour le Québec d’avoir son propre registre des armes d’épaule que le Canada selon Harper a jeté à la poubelle après vingt-cinq ans d’utilité pour les uns, d’inutilité pour les autres. Les conservateurs n’ont pas eu de mal à justifier l’abolition du registre à la demande de la base même de leur électorat.
Ce n’est pas un secret de polichinelle, Mégantic-L’Érable fait partie de ces circonscriptions québécoises qui ont soutenu le gouvernement Harper, pas juste pour l’abolition du registre mais en grosse partie parce que Harper écoutait sa base, entre autres les chasseurs qui n’ont pas un penchant très marqué pour cette multiplication des contrôles.
À l’invitation du collectif «Tous contre un registre», des dizaines de chasseurs, tireurs sportifs et collectionneurs d’armes sont descendus dans la rue, à Québec, au Lac-Saint-Jean, à Trois-Rivières et à Thetford Mines pour interpeller les politiciens, libéraux au pouvoir aussi bien que péquistes dans l’opposition. Leur message: votez contre le projet de loi 64 sur l’immatriculation des armes d’épaule. Leurs arguments tiennent la route: tous les morts par armes à feu de chasse, au Québec, sont dans plus de 90% des cas de suicide. Tenir un registre qui coûterait des millions, en plus de tous les permis nécessaires pour être en loi, ce serait rien de plus que du simple gaspillage des deniers publics. Le registre ne sera rentable que pour les sociétés d’informatique qui feront affaire avec les libéraux au pouvoir, disent les plus cyniques. Ai lu ce commentaire: «s’ils veulent sauver des vies, qu’ils investissent en santé mentale.» Un raccourci trop facile entre les méchants qui tuent et leur état d’esprit au moment où ils posent le geste.
De l’autre côté du spectre social, les partisans d’un contrôle plus sévère des armes à feu. Écoutez ce chasseur qui admet que «dans 50 ans, les gens diront que les politiciens qui ont été de l’avant avec ce registre avaient une vision. Les conservateurs de Harper et Blaney et les Américains passeront pour des arriérés.»
Les mères des victimes de l’École polytechnique qui luttent en faveur du projet de loi se sont senties attaquées par les anti-registre. Ces derniers les taxent de «bonnes femmes frustrées», rien de moins! On croirait entendre le lobby des armes qui fait la pluie et le beau temps du côté américain.
Réplique des familles des victimes de violence commise par armes à feu: «Nous sommes peut-être émotives, face à notre souffrance et notre perte. Mais nous sommes entièrement rationnelles lorsque nous réclamons un meilleur contrôle des armes. Car, contrairement au lobby des armes, nous acceptons les études scientifiques confirmant l’efficacité du contrôle des armes et basons nos revendications sur l’avis des experts sur le terrain, ceux qui sont mandatés pour protéger la population: organisations policières, intervenantes luttant contre la violence conjugale, experts en prévention du suicide, etc.»
Bon point pour les pro-registre: ce sont les propriétaires d’armes qui sont émotifs, car ils craignent d’être traités comme des criminels parce que leurs armes à feu seraient comptabilisés dans un registre central, «comme le sont nos automobiles, nos chiens, nos maisons, notre état civil, nos revenus et toutes sortes d’aspects banals de nos vies.»
Les anti-registre accusent les pro-registre de prôner une société de contrôle à caractère hyperprotecteur. Un état «nounou»! Un «gouvernemaman»!
Les médias alimentent la phobie des armes à feu, accusent les anti-registre, mais fait-on vraiment face à une hystérie collective à ce point développée? Quand t’es fou, t’es fou, fusil ou pas! Ici, en région, les meurtres les plus crapuleux n’ont-ils pas été commis avec des haches?
Quand on suit l’actualité de nos voisins américains, avec la popularité grandissante d’un prompt de la gâchette tel Donald Trump, on se trouve chanceux d’habiter ce côté-ci de la frontière. Là-bas, le droit de porter une arme est inscrit dans la constitution, comme quelque chose de sacré! Malheur à ceux qui veulent «limiter» leurs droits. Là-bas comme ici, quand les propriétaires d’armes prennent la rue, tu as intérêt à écouter leurs revendications. Le pouvoir du gun parle plus fort que ces mères de familles, hyper-protectrices de leurs petits enfants.
Et si on voyait plutôt le registre comme une simple précaution pour nous protéger contre nos propres démons et pour protéger ceux que l’on aime? Vous êtes un chasseur, un amateur d’armes et le gun vous donne la sensation d’être mieux protégé que la personne qui est désarmée? Alors de quoi vous plaignez-vous? Québec ne veut pas vous retirer le droit de posséder une arme. Québec demande simplement qu’un registre soit créé pour savoir qui possède quoi! Qu’est-ce qui fait si peur dans le registre? Le coût d’inscription? Ils disent que ce sera gratuit!
Les députés devront bientôt trancher entre ce qui sera le plus payant politiquement pour eux: la protection du mode de vie des ruraux ou le sentiment de sécurité recherché par les urbains.
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