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Ainsi parlait La Fontaine

Dans le courrier des fêtes, la lettre d’un ami. Discourant sur le procès des trois employés de la MMA, sa thèse appuyée par bien d’autres: la Justice a poursuivi les mauvaises personnes, seulement pour ne pas troubler le fédéral et le CP, et pour prouver au peuple que Québec poursuivait les coupables, pauvres boucs émissaires.

Jean de La Fontaine, «pas celui de l’excavation mais celui de la littérature» précise-t-il, s’est servi des animaux pour instruire les hommes des grandes leçons de morale qui s’appliquent encore dans le monde d’aujourd’hui. Pour illustrer cette fâcheuse manie de trouver des boucs émissaires à des causes plutôt complexes, il a écrit «Les animaux malades de la peste», une fable dont la lecture m’avait été fortement conseillée par un autre abonné il y a plusieurs années, en réaction à d’autres problèmes administratifs que la région vivait à l’époque. Prenez quelques minutes pour en faire une lecture à tête reposée, les neurones bien allumés.

«Un mal qui répand la terreur, mal que le ciel en sa fureur inventa pour punir les crimes de la terre, la peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom), capable d’enrichir en un jour l’Achéron, faisait aux animaux la guerre. Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés: on n’en voyait point d’occupés à chercher le soutien d’une mourante vie; nul mets n’excitait leur envie; ni loups ni renards n’épiaient la douce et l’innocente proie. Les Tourterelles se fuyaient: plus d’amour, partant plus de joie. Le Lion tint conseil, et dit: Mes chers amis, je crois que le ciel a permis pour nos péchés cette infortune; que le plus coupable de nous se sacrifie aux traits du céleste courroux, peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents on fait de pareils dévouements: ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence l’état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mon appétit glouton j’ai dévoré force moutons. Que m’avaient-ils fait? Nulle offense: même il m’est arrivé quelquefois de manger le berger. Je me dévouerai donc, s’il le faut; mais je pense qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi: car on doit souhaiter selon toute justice que le plus coupable périsse.

-Sire, dit le renard, vous êtes trop bon Roi; vos scrupules font voir trop de délicatesse; et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur en les croquant beaucoup d’honneur. Et quant au berger l’on peut dire qu’il était digne de tous maux, étant de ces gens-là qui sur les animaux se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir. On n’osa trop approfondir du tigre ni de l’ours, ni des autres puissances, les moins pardonnables offenses. Tous les gens querelleurs jusqu’aux simples mâtins, au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’âne vient à son tour et dit: j’ai souvenance qu’en un pré de Moines passant, la faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense quelque diable aussi me poussant, je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. À ces mots on cria haro sur le baudet.

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue qu’il fallait dévouer ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l’herbe d’autrui! Quel crime abominable! Rien que la mort n’était capable d’expier son forfait: on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.»
L’ami en question fait observer que, dans les faits rapportés de l’accident ferroviaire, «il n’y a pas de fautes juridiques dans le travail des employés.» Ce qui devrait conclure à une évidence: la cour refusera le procès des employés au motif de délai déraisonnable. Ce qui serait une décision sage!

Janvier devrait être un bon temps pour définir l’agenda de l’après-tragédie. L’abandon des poursuites ne fait guère de doute dans l’esprit de plusieurs criminalistes actifs et à la retraite. «Le gouvernement a déjà fait son lit. La cause contre Harding va tomber», a confié l’un d’entre eux. Le procès «dont personne ne veut» et qui devait être entendu en septembre 2017, plus de quatre ans après les événements, irait nulle part, selon la même source.

Le gouvernement fédéral devrait, pour apaiser les Méganticois, annoncer de son côté qu’il se range du côté des autorités municipales à l’effet d’accélérer le processus sur les études de faisabilité de la voie de contournement.

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