Prêts COVID: ils n’ont pas tous les reins assez solides pour rembourser

Prêts COVID: ils n’ont pas tous les reins assez solides pour rembourser - Rémi Tremblay : Actualités Économie

Le propriétaire de Barbecue pis toute, François Couture, a choisi de quitter pignon sur rue à la fin mars et opter pour une boutique en ligne afin de pouvoir rembourser son prêt COVID rapidement.

La date limite pour le remboursement des prêts du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes, versés par le gouvernement fédéral du 9 avril 2020 au 30 juin 2021, était fixée au 18 janvier 2024. Parmi les bénéficiaires de la région, tous n’ont pas généré suffisamment de liquidités pour rembourser la totalité avant cette date. Certains détenteurs de prêts vont demander un refinancement sur trois autres années, d’autres vont même jusqu’à se remettre en question. L’incertitude économique qui plane en ce début de nouvelle année rend les consommateurs frileux et les commerçants prudents.

Entrée en poste en septembre 2023, la directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie région de Mégantic, Amélie Isabel, a mené sa propre enquête auprès de ses membres sur l’impact des prêts COVID dans les coffres de leur entreprise. Et oui, l’appel au remboursement suscite des réactions diverses, y compris un courant de panique et de remise en question chez ceux qui n’ont pu suffisamment engranger.

«Il y a des membres pour qui la COVID a été bonne pour leur type de commerce, qui n’ont pas eu besoin de demander le prêt, et d’autres pour qui c’était plus que nécessaire. De devoir rembourser ces sommes-là maintenant, oui, ça crée de la panique. Une entrepreneure m’a confié avoir dû solliciter son entourage pour essayer de rembourser, certains ont dû utiliser leur propre épargne et d’autres enfin qui ont admis qu’ils n’en étaient pas capables!»

La santé financière de l’entreprise avant la pandémie faisait foi de tout au moment où le fédéral a établi le programme du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes. Un total de 49 milliards $ a été versé à 900 000 entreprises et organismes à but non lucratif pour les aider à payer leurs frais de fonctionnement durant la pandémie. Soit l’aide offerte n’était pas nécessaire, soit les détenteurs étaient en mesure de générer suffisamment de liquidités pour rembourser le prêt à la date limite, profitant ainsi d’une radiation partielle du prêt allant jusqu’à 33%.

«Après (la pandémie), l’économie n’est pas repartie de façon magique. Encore dans les derniers mois, tout ce qui était commerce de détail et même dans les grandes entreprises, nos membres sentent le ralentissement économique. Même pour la période de Noël qui, d’habitude est excellente, pour différents commerçants ça s’est traduit par des milliers de dollars de vente en moins que l’année précédente. Ça n’aide pas à entreprendre le dernier sprint d’argent qui manquait pour se refaire une santé financière», rapporte la directrice générale de la Chambre. Une propriétaire de commerce a calculé 50 000$ de moins de ventes que l’année précédente pour le dernier trimestre.

Avec l’augmentation des frais de loyer, des autres dépenses telle l’épicerie, les salaires qui ont augmenté en moyenne de 5% à travers le Canada, les travailleurs autonomes autant que les petites entreprises jonglent avec les chiffres. «Maintenant, il y a un bon nombre de commerçants qui envisagent de fermer le lundi, parce que l’achalandage est moins là. Plein de commerces aussi qui réduisent leurs heures d’ouverture pour les mêmes raisons. Certains vont se garder des heures et réduire le personnel pour sauver leur entreprise. Ce n’est pas un phénomène qui est local, mais partout à travers le Québec.»

Des choix qui sont d’autant plus difficiles à faire pour les propriétaires qu’ils se rendent bien compte que les dommages collatéraux ne sont pas qu’une rangée de chiffres. «Une membre de la Chambre me partageait qu’elle avait braillé toutes les larmes de son corps. Pour ces gens-là qui s’investissent corps, cœur et âme dans leur commerce, dans leur entreprise, c’est beaucoup. Quand les faits t’arrivent comme ça en plein visage, c’est pas entièrement de leur responsabilité.»

Fermer pignon sur rue
Propriétaire de la boutique Barbecue pis toute, sur la rue Laval, à Lac-Mégantic, François Couture sort amer de cette expérience avec un programme qui était censé soutenir les petits entrepreneurs. Il a pris sa décision: «Je ferme pignon sur rue fin mars, mais ce n’est pas la fin de Barbecue pis toute, j’ouvre une boutique en ligne qui va être très hot», a-t-il partagé à sa clientèle sur sa page Facebook, en message du Nouvel an. La solution qu’il a trouvée pour rembourser un prêt de 40 000$, sans souffrir de taux d’intérêt élevés, puisque son institution financière l’a déjà informé qu’il n’était pas éligible au taux préférentiel de 5%. Avant de quitter son local, il compte procéder à une vente de liquidation qui va durer un mois, «pour clairer mon inventaire et me permettre de rembourser le prêt», une question de principe, livre-t-il à l’Écho. «Pas question qu’ils fassent 10 000$ sur mon dos!»

L’incertitude plane
Les habitudes de consommation ont changé et la PCU a augmenté le pouvoir d’achat de certains consommateurs, mais on assiste à un retour à la réalité. «Avec le ralentissement économique qui stagne, la hausse des frais, les loyers qui augmentent, les taux d’intérêt pour le renouvellement des hypothèques, ce n’est pas plaisant pour plein de gens ces temps-ci. Économiquement, il y a des trucs qui se passent. Les gens sont frileux de faire des grandes dépenses, on revient à l’essentiel. Quand j’entends des entreprises qui mettent leurs employés à temps partagé, ça fait longtemps qu’on n’a pas entendu ça.»

Amélie Isabel trouve admirables les entrepreneurs qui choisissent de foncer. «Pour être en affaires, ça prend tellement des gens passionnés, des gens qui ne calculent pas le temps qu’ils mettent pour réussir. C’est s’investir au-delà du signe de dollar. Moins de temps avec la famille, porter plusieurs chapeaux. Les marges de profit sont tellement difficiles à aller chercher, en restauration, par exemple. Ce n’est pas pour rien que certains augmentent le prix de l’assiette et diminuent les portions.»

Panier bleu, campagnes d’achat local, des mesures ont bien été mises en place pour retenir le consommateur. «L’espèce de phrase qu’on s’est fait dire avec la COVID: il faut se réinventer. Certains l’ont fait et ils s’en sont bien sortis.»

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