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Sauve-qui-peut
Parler de développement durable, c’est d’abord se préoccuper du patrimoine humain et bâti; parler de qualité de vie, c’est donner aux gens les repères de leur équilibre; parler de tourisme, c’est maintenir et offrir ce qui nous distingue. Je comprends le choix difficile du conseil : pendant quinze mois, certains ont agité des épouvantails, semé le doute autant que la peur. Comme le conseil ne parvenait pas à obtenir une garantie ferme, le tabula rasa s’est imposé. Ce que le feu n’a pas détruit-le malheur ajoute au malheur- nous devrons le faire de nos propres mains et cela, après avoir remis sur ses rails les citernes maudites. Moi qui croyais que l’enfer n’existait pas. Soit! Démolissons! Mais, faut-il que la démolition soit mur à mur? Ne pourrait-on pas sauver quelques monuments : L’Eau-Berge (Lasalle), les maisons Letellier-
Poisson, Rodrigue et Duquette-Salomon? Rappelez-vous qu’en Europe, après chacune des guerres, on a reconstruit des quartiers lourdement bombardés et même sauvegardé des ruines. Aujourd’hui, on vient de partout s’en mettre plein les yeux.
Si après avoir décontaminé tout autour de ces bâtisses, on ne trouvait pas de trace de pétrole, on pourrait croire, en toute logique, que leur sous-sol n’est pas souillé. L’ancien hôtel Lasalle (Eau-Berge) appartient à la fois à notre passé, au présent et, pourquoi pas, à notre avenir. La maison Letellier-Poisson, voisine des Chevaliers de Colomb, pourrait facilement être déplacée et servir d’habitation, de galerie d’art ou de musée comme celle du Saguenay qui a résisté eaux courroucées d’une crue soudaine. Les maisons Rodrigue et Duquette-Salomon pourraient être le point de départ de la nouvelle rue Thibodeau; ce serait comme si le chantier était lancé et le ton donné pour la suite des choses. L’idée d’un centre-ville habité et à échelle humaine se concrétiserait : l’architecture envahissante, souvent rococo, d’un hôtel et les touristes de passage ne nous voleraient pas le bord de l’eau. Ce serait une autre victoire sur l’adversité.
Quant à la rue Kelly, il faudrait que le plan d’intégration architecturale (PIA) n’y autorise qu’un type de construction semblable afin de lui redonner le charme unique qu’elle avait. Il s’agit ici d’une question de respect et d’intégration architecturale. Si le conseil pouvait réussir cela, je suis convaincu que la population accepterait -bien qu’à contrecoeur- le sacrifice imposé. Il nous faut des témoins, voire des sentinelles. Avouez que ces édifices méritent qu’on prenne la peine de considérer la possibilité de les sauver, d’autant plus que leur maintien n’hypothéquerait en rien la reconstruction de l’ancien centre-ville telle qu’on nous a demandé de le rêver.
Si le conseil acceptait de regarder cette possibilité, il ferait preuve d’une ouverture rassurante : nous aurions ainsi la certitude d’avoir tout essayé. Le deuil deviendrait alors un chemin bien plus qu’un cul-de-sac. S’il est possible d’envisager la transplantation d’un nouveau cœur, il est sans doute possible de sauver une partie de notre âme. Partir de zéro, ce serait nier notre histoire, demander à l’être de s’effacer devant un avoir dont on ne sait trop rien. Fais ce que doit, advienne que pourra, dit le proverbe.
Paul Dostie
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