La reconversion des Victorines

La reconversion des Victorines  - Rémi Tremblay : Actualités Immobilier
Les Victorines, Suites et appartements
La reconversion des Victorines  - Rémi Tremblay : Actualités Immobilier
Louise Latulipe converse avec le propriétaire des lieux, Guy Nadeau.

Depuis septembre dernier que Guy Nadeau travaille à reconvertir l’auberge, qu’il a acquise en 2007, en appartements et suites à louer. Le chantier terminé aux Victorines du Lac, les ouvriers des différents corps de métiers partis, il a profité des jours précédant le passage à l’an nouveau pour accueillir les quatre occupants de ses appartements sous bail, certains n’ayant pas encore terminé de tout déballer. 

«J’ai reçu 40 demandes, j’ai fait faire quatre visites pour quatre bails signés», se réjouit le propriétaire. Pour les locataires, rien de moins que la vie de château! 

Artiste en arts visuels, Louise Latulipe s’habitue à sa nouvelle vie, dans son grand quatre et demi avec vue sur le lac directement de son comptoir de cuisine où elle vient de terminer de laver sa vaisselle. «Toute ma vie, j’ai rêvé d’habiter près de l’eau. La vue, l’appartement, je me suis dit it’s now or never!» Emballée, elle a signé le jour même de sa visite des lieux. Et le 21 décembre, elle déposait ses premières boîtes dans une pièce qui lui servira d’atelier, une fois son matériel rangé. Mais rien ne presse après tout!  

C’est une autre occupante, Luce Robineau, elle-même une artiste, qui lui en a glissé un mot. Un retraité, musicien celui-là, occupe un autre appartement. Et le propriétaire ne se plaint pas de l’entendre faire ses vocalises! «Une résidence d’artistes a sa place dans le milieu culturel d’une région comme ici. Moi, je ne suis pas un artiste, je suis un entrepreneur», confie-t-il, presqu’à regret, devant un café qu’il sert à son visiteur, au sous-sol, là où se trouvent encore la cuisine, la salle-à-manger et la salle de conférence, celle-là convertie en remise, faute de mieux. Dans la salle-à-manger, les tables et les chaises rappellent cette effervescence aujourd’hui passée des repas partagés. Des peintures ornent les murs, les œuvres de sa fille, d’autres de sa conjointe, Renée-Claude, qui a trouvé du boulot, l’an dernier, comme adjointe administrative dans un bureau de comptables, de l’autre côté de la ville, sur Laval-Nord.  

De la maison au travail, pour elle, 7 kilomètres à pied à l’aller et autant au retour. Le temps, voilà ce que les deux aubergistes ont trouvé en situation de pandémie. «Cela fait 13 ans qu’on travaille coude à coude, jour et nuit.» À 58 ans, Guy Nadeau rêve d’une vie plus paisible. Dans ses mots à lui: «Je ne veux surtout pas manquer d’avoir du temps de lousse. Oui, la propriété est toujours à vendre, mais la nouvelle formule mixte résidence/suites à louer, certaines à la semaine et d’autres à la journée, est arrivée à point. «Plus on avance dans le temps et plus ça me sécurise. Je pense qu’on a fait le bon moove!» 

Ce qui n’empêche pas le propriétaire des lieux de brasser d’autres projets, telle la reconversion, peut-être un jour, pourquoi pas dès cet automne, du sous-sol en deux lofts. Avec, encore, une vue et un accès imprenables au lac. «Ce matin encore, j’ai aperçu un pygargue à tête blanche foncer sur une bouée flottant en eau libre.» Et tournoyer autour pour finalement s’apercevoir que sa «proie» était on ne peut plus inerte. 

Dehors, sur le sol à peine recouvert de neige, des traces qui le réconfortent. «Les dindons sauvages sont revenus!» Explication: la présence de chiens dans le voisinage immédiat, durant le temps des fêtes, les avait tenus à distance. Les dindons et les chevreuils font partie du paysage typique des Victorines.

 Pour les clients familiers des lieux, qui ne sont pas revenus depuis le début des travaux, beaucoup de choses ont changé. Le rez-de-chaussée a été bouleversé par l’apparition de nouvelles cloisons. En entrant, à droite de l’accueil, un petit salon va permettre une pause commune. 

Au dernier étage se trouvent ses «suites corporatives». Au fil des ans, ses clients corporatifs, les industriels, les gens d’affaires, il en a pris bien soin. C’est à eux qu’il a pensé quand il a planifié ses suites. 

Au premier, des chambres à louer à la journée, telle La Pompadour, plutôt bien équipée, puisque les clients devront être autonomes si la pandémie persiste. 

Ayant participé comme membre à Tourisme Cantons-de-l’Est, Guy Nadeau est bien conscient de ce qui se passe depuis plusieurs mois dans l’industrie hôtelière. «On est appelés à de grands changements, reconnaissent les gens de métier. Et la sortie de la pandémie ne sera pas la même que celle qu’on entrevoyait l’an dernier!» 

Seule certitude dans cet avenir incertain, «la chance qu’on a d’avoir un si beau lac!» Au fil des ans, tous les clients lui en ont fait la remarque. Le sentiment d’être désorienté, même pour les gens de la place qui en perdent leurs repères. 

Curieux hasard, le séjour d’une cliente en extase devant la porte d’une chambre baptisée Lucille par les anciens propriétaires André Tanguay et Diane Boulet, en hommage à Lucille Teasdale, cette illustre médecin et chirurgienne pédiatre qui a travaillé de 1961 jusqu’à sa mort en 1996. «C’était ma sœur. Quel bel hommage!»

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