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Des travailleurs immigrants réagissent à l'attentat de Québec

Des travailleurs immigrants réagissent à l'attentat de Québec - Rémi Tremblay : Actualités
À l’arrière, Badreddine Rebiahi, Fatah Shirzad, Mohamed Machtani et Julie Morin (agente de développement chez Intro-Travail et CJE du Granit). À l’avant, Abdul Hadi Shirzad, Élias Nizibi, Tarek Najib, Ali Bchini et Abdulah Shirzad.
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Ali Bchini, Abdul Shirzad et Mohamed Machtani, en compagnie de Julie Morin, agente de développement chez Intro-Travail.
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Badreddine Rebiahi d’Algérie.
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Des travailleurs immigrants en compagnie du journaliste Rémi Tremblay.

À 175 kilomètres du Centre islamique de Québec, l’onde de choc provoquée par la tuerie du 29 janvier au terme d’un rassemblement pour la prière a particulièrement ébranlé les travailleurs immigrants qui logent dans l’édifice des Marianites, rue Champlain. Mélange de musulmans, chrétiens et catholiques, venus du Moyen-Orient et d’Afrique, les chambreurs occupent leur semaine entre le travail, le repos et, pour certains, l’apprentissage du français. De tempérament plutôt discret, ils n’en proposent pas moins des réflexions sur leur expérience et sur le drame de Québec, quand on prend le temps d’aller les écouter.

Dans le paysage méganticois, le nombre de plus en plus élevé d’immigrants n’est pas toujours apparent pour quiconque se contente d’une promenade sur le trottoir ou d’une sortie au supermarché. Mais dans les milieux de travail, le «multiculturalisme» prend tout son sens dans l’inter-action avec l’«étranger».
«Ça m’a beaucoup bouleversée, ce drame à Québec. On va vous chercher (à Sherbrooke et à Montréal), parce qu’on a besoin de vous comme travailleurs», leur dit en début de rencontre avec l’Écho, Julie Morin, agente de développement chez Intro-Travail Carrefour jeunesse emploi, responsable du dossier Force mobilisatrice pour la MRC du Granit. C’est elle, Julie, l’agente mais aussi conseillère municipale, qui veille à leur bien-être en sol méganticois.

Autour de la table, plus d’une demi-douzaine de travailleurs à ne pas se prénommer Gérard, Robert ou Pierre, mais plutôt Abdul Hadi, Ali, Tarek, Mohamed, Elias, Fatah ou Badreddine. Bien intégrés chez Masonite et la Fromagerie La Chaudière, principalement, ils sont venus à l’invitation des chefs d’entreprise d’ici en sérieux manque de main-d’œuvre.

Que ces crimes soient commis au Moyen-Orient, en Europe ou au Québec, «les vrais musulmans dénoncent toujours les attentats», livre Mohamed Machtani. Originaire du Maroc, Mohamed, tout comme son groupe de colocs, est venu au Canada «pour voir un endroit où trouver la paix !» À 39 ans, une nouvelle vie s’offre à lui. L’accueil est franchement impeccable, dit ce travailleur chez Masonite, qui posse
de pourtant une maîtrise en gestion hôtelière et des études en transport et logistique. Le prix à payer pour avoir «une expérience québécoise», c’est d’accepter un travail là où l’immigrant peut en trouver.

D’Afghanistan, les trois frères Shirzad, Abdul Hadi, Fatah et Abdul, sont installés à Sherbrooke et vivent l’expérience méganticoise depuis deux mois. Facile à deviner, le français n’est ni leur langue maternelle ni leur langue seconde, mais «on est entrain d’organiser des cours de francisation», intervient Julie Morin.
Elias Nibizi est originaire du Burundi. Arrivé au Canada en 2014, il vit lui aussi à Sherbrooke.

«Lac-Mégantic est une belle ville», dit-il dans un parfait français. Un français tellement impeccable, que sa seule difficulté, ici, c’est l’accent qu’il ne maîtrise pas encore. Il finira bien un jour par comprendre la langue de la «shop»! Pour l’instant, un gentil gars qui trouve son milieu aussi très gentil.

Tous ont abandonné une vie là-bas pour essayer d’en faire une nouvelle au Canada. Un parcours pas toujours facile, admet Badreddine Rebiahi, cet ancien directeur d’usine de multinationale qui trempe aujourd’hui les deux mains dans le fromage. Note discordante: «Ça fait un moment que je remets en question mon arrivée au Canada», lance-t-il. Ce qui vient d’arriver a mis en marche son compte à rebours. Il a été très choqué qu’un tel événement arrive au Canada, «un état de droit, de morale et de justice», où il voyait un avenir pour lui et sa famille restée là-bas. «Des fanatiques, il y en aura toujours. La chose blessante, c’est tout ce que la presse rapporte», entretenu par les grandes questions politiques sur le taux d’immigration, sur la tendance américaine d’interdire les étrangers et surtout, le peu de communication entre les communautés, celles qui arrivent et celles qui accueillent.

Que l’arrivant ne l’ait pas facile, c’est le malheur de tous les immigrants, quelque soient leur origine ou leur confession religieuse, mais «être un musulman c’est un facteur aggravant», affirme Badreddine. «Tout le système pousse l’immigrant vers le plancher et ne laisse aucune chance d’entrer dans la sphère de confiance. Et ça, c’est blessant!»

Une facette de sa religion, l’argent. «Pour avoir une entreprise dans laquelle investir, tu dois avoir de l’argent. Si tu n’en as pas, il y a la banque conventionnelle, mais l’intérêt est interdit dans la religion musulmane.»

Ses commentaires, bien sentis, s’attaquent surtout aux grands enjeux de l’immigration. «Des enjeux qu’on ne peut pas mettre de côté, reconnaît Julie Morin, mais localement les efforts portent plutôt sur l’accueil et l’intégration. Nous leur offrons du travail, ils louent nos appartements, sourions-leur!»
Le moins que l’on puisse faire à l’endroit de ceux qui viennent non pas voler vos jobs, mais les sauver, en permettant aux entreprises de prendre de l’expansion.

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