Chapelle du rang 1

Prostate et cerveau

L’automne n’est pas un temps à coucher dehors. Ce qui explique l’essoufflement rapide des mouvements d’indignation qui ont secoué l’an dernier quelques villes du Québec, dans la lignée des manifestions «Occupons» organisées à travers le monde. On ne pouvait pas faire le printemps québécois à l’automne, c’était perdu d’avance! Du camping quand les nuits sont fraîches et même froides, avec presque rien dans le ventre, ça fait peut-être pitié à voir, mais il y a des limites aux sacrifices!

Cette fois, le gouvernement a servi le prétexte sur un plateau d’argent, dans le budget Bachand en mars, avec l’annonce de la hausse des frais de scolarité. Les marches, les blocages, les carrés rouges, les grèves étudiantes dans les cégeps et les universités, les coups de force autour de Jean Charest, tout ça a ramené le sentiment que le vent de l’indignation de 2011 n’a rien perdu de sa vigueur. Même qu’il a trouvé sa cause, ici, au Québec. On ne parle plus des 1% des plus riches qui décident des 99% des plus pauvres. Maintenant, c’est le droit et l’accessibilité à l’éducation supérieure qui devient le cheval de bataille sur lequel chevauche le mouvement des indignés.

La grève des étudiants, personne ne l’avait vraiment vue venir, l’an dernier. Comme la fable de Lafontaine… «La cigale ayant chanté tout l’été…» Avouez qu’avec une toute petite augmentation de 2% des frais par année, les objectifs auraient été atteints depuis belle lurette si les gouvernements successifs, libéraux comme péquistes, avaient su se montrer prévoyants. Mais 75% d’augmentation sur cinq ans, la pilule est dure à avaler.

Québec a déjà montré beaucoup plus de subtilité dans d’autres domaines où il a dû redresser la barre. En santé, par exemple! Sachant que l’idée d’un ticket modérateur même d’aussi peu que 5$ ou 10$ par visite aurait soulevé le Québécois moyen comme un tsunami attaquant les plages de l’océan Indien, le gouvernement libéral y est allé par la bande (un genre de traitement choc au Viagra) pour augmenter le financement du système. Une «contribution santé», une taxe déguisée, qui atteint 200$ par contribuable en 2012. Le petit 25$ de 2010, au moment de l’entrée en vigueur de la mesure, est passé à 100$ en 2011 et le montant à payer a doublé cette année. Vous avez vu des gens sortir dans la rue pour manifester leur colère?

Quand la période de validité du permis de conduire est passée de deux ans à un an, sans ajuster le tarif en conséquence, vous avez vu des automobilistes faire des blocages sur les ponts ou klaxonner devant le perron du premier ministre? C’est ratoureux un gouvernement! Ils ont des équipes spécialisées en stratégies de toutes sortes, capables de prévenir les coups de gueule de la population. Ils sont passés maîtres dans l’art de l’illusion.

En matière de frais de scolarité, on s’est dit: ils chialeront pas longtemps, nos jeunes; on va les retourner à l’école avec un coup de pied au cul. Ils se sont trompés royalement!

Sur les réseaux sociaux, circule un article du Petit Journal du 9 mars 1958 qui décrit une grève des étudiants! Le titre : «Jeudi, c’était grand congé dans nos universités!» Le journaliste écrit: «Ceux qui ont vécu l’atmosphère de ces vingt-quatre heures de protestation estudiantine, assez peu usitée chez nous, estiment qu’elle indique un tournant dans le domaine de l’enseignement supérieur au Canada français.»

Le journaliste conclut: «D’après les étudiants que j’ai rencontrés, cette grève ne marque pas la fin d’une campagne mais le début d’une sorte de croisade intensifiée en faveur de nos jeunes talents séparés des universités par le mur de l’argent.»

Voilà le problème: le mur de l’argent qui se dresse entre l’étudiant et le savoir est tout aussi solide aujourd’hui qu’en 1958! Il ne s’effrite pas! Investir dans l’éducation comme on l’a fait dans la santé, aucun problème avec ça. Dans la mesure, bien sûr, où l’argent neuf sert à dispenser les services aux étudiants et non pas à engraisser l’appareil administratif, les régimes de retraite et les primes de départ.

Faisons un calcul rapide. L’étudiant sur la ligne de piquetage en 1958 a dépassé le cap des 70 ans. À la sortie de l’université, il s’est trouvé un bon emploi ou une bonne profession, sans trop de dettes, et après une belle carrière dans la fonction publique ou ailleurs, il a pris sa retraite avec un bas de laine bien garni. L’image standard, mettons!

C’est peut-être bien lui que j’ai entendu l’autre jour, à la radio, injurier les manifestants, les traiter de gang de fous et, lui pis sa vieille, les traiter de bandes de lâches parce que «la jeunesse d’aujourd’hui» n’était pas à l’intérieur des murs de l’école, mais bien dans la rue, avec des pancartes, à revendiquer une meilleure accessibilité à l’éducation supérieure. Manifestation étudiante qui les a empêchés tous les deux d’aller à leur rendez-vous à l’hôpital! Histoire de profiter d’un système de santé qui s’est ajusté à leurs besoins plus vite que le système de l’éducation face aux faibles moyens financiers des jeunes.

Que vous le vouliez ou non, l’avenir n’est pas dans la prostate en panne mais dans le cerveau qu’on développe au meilleur de son potentiel!

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