Dossier santé: le Granit fait front commun contre la centralisation à Sherbrooke

Dossier santé: le Granit fait front commun contre la centralisation à Sherbrooke - Rémi Tremblay : Actualités

Mobilisation exceptionnelle de tous les milieux de la MRC du Granit qui sonnent la charge contre la réforme de la Santé du ministre Barrette et la centralisation des décisions à Sherbrooke.

Toute la région du Granit monte au front. Employés du réseau de la santé, médecins, le milieu économique et politique, tous ensemble envoient un message clair au ministre de la Santé, Gaétan Barrette: OUI à la transformation du réseau estrien, mais NON au déracinement et à la perte complète d’autonomie décisionnelle. Une communauté déjà fragilisée refuse de perdre tout pouvoir. Et celui envoyé à la direction générale du CIUSSS-CHUS: ici, on peut faire autrement!

Moment solennel, mardi en fin de journée, alors que les principaux représentants de la communauté du Granit ont choisi de faire front commun pour sauver non seulement des emplois, mais aussi un centre de décisions sacrifié l’an dernier au profit de l’intégration des structures à Sherbrooke, imposée par le ministre de la Santé.

En appui aux employés du CSSS du Granit, différentes autorités locales et régionales sonnent l’alarme et invitent la direction du CIUSSS-CHUS à considérer une réforme plus juste et équitable, en tenant compte des particularités régionales.

L’état de santé des troupes? «Malgré l’incertitude, nous avons toujours offert le meilleur de nous-mêmes afin que ce changement soit un succès et que les services à la population n’en soient pas affectés», a insisté la porte-parole des employés, Marie-Jo Bélanger, en point de presse. Mais, ces derniers mois, les employés ont pris conscience qu’ils étaient traités de manière «injuste et inéquitable de la part de la direction générale, en comparaison des établissements de Granby et Cowansville, où les employés ont pu demeurer dans leur milieu, «alors qu’ils devaient initialement être transférés eux aussi.»

«Nous déplorons que le seul discours du CIUSSS soit celui de tout centraliser à Sherbrooke. Selon nous, il serait plus approprié d’uniformiser les pratiques et optimiser les processus en place. Après cela, la centralisation ne serait plus nécessaire et les emplois seraient conservés dans les régions qui en ont besoin», poursuit Mme Bélanger.

Sensibles à la situation, les élus haussent le ton. «La perte annoncée d’emplois de qualité à court et à long terme aura des impacts négatifs tant pour les travailleurs que pour les commerçants de la Ville. Nous tentons de nous relever, d’envisager l’avenir positivement. Transférer les emplois à Sherbrooke sans offrir une alternative aux travailleurs du Granit marque le peu d’ouverture et de flexibilité du CIUSS envers notre communauté. C’est aussi la qualité du service offert dans notre collectivité qui est menacée», transmet le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier.

Celui-ci s’engage à inviter le ministre Barrette à venir à Lac-Mégantic rencontrer les élus et les principaux acteurs du milieu pour trouver des solutions gagnantes pour les citoyens de la MRC. «Si on ne rencontre pas ce monsieur-là qui a un pouvoir, on ne va jamais connaître ce qu’on va avoir dans l’avenir. Soyez assurés que nous allons vous appuyer dans toutes vos démarches, lance-t-il en direction de la porte-parole des employés du CSSS. Si M. Barrette ne veut pas venir, on ira le voir à Québec.» «On fera partie du voyage», l’appuie la préfet, Marielle Fecteau.

Le milieu économique fait sien le message des employés. Vice-président de la Chambre de commerce région de Lac-Mégantic, Alex Poulin souhaite que la direction du CIUSSS se penche sur les impacts globaux de ses décisions. «Vous n’êtes pas une entreprise privée, vous êtes un organisme public financé par tous les Québécois, même ceux de la région de Mégantic. Vous avez une responsabilité sociale. C’est à vous de choisir si vous voulez être dénoncés en étant des acteurs de la dévitalisation d’une région ou être applaudis en étant des partenaires d’une communauté qui se prend en main pour assurer son développement.»

Selon lui, si toutes les décisions se prennent à Sherbrooke, sans aucun représentant du Granit sur le conseil d’administration, si tous les contrats de service et les achats sont décidés loin de la région du Granit, les entreprises locales risquent d’écoper.

En terme d’hémorragie de personnel, la perte économique est importante pour la région, sans compter le déracinement des familles. «En avril dernier, les employés des ressources humaines, des finances et des approvisionnements ont appris de leurs supérieurs que leurs postes seraient transférés à Sherbrooke à court et moyen terme. Cela représente neuf postes. Aucune ouverture pour le travail à distance n’a été démontrée, même si c’est ce qui se fait depuis plus d’un an. Devant un refus de transférer à Sherbrooke, les employés se font dire qu’ils ne font tout simplement plus partie des équipes», informe Marie-Jo Bélanger.

Et ce n’est qu’un début. Les autres catégories d’employés auront leurs rattachements finaux à l’automne, soient les travailleurs sociaux ainsi que les services techniques. Plus d’une vingtaine d’emplois sont menacés par des décisions unilatérales prises à Sherbrooke. «Des employés, des familles, des personnes qui s’impliquent à Lac-Mégantic, des salaires qui se gagnent à Lac-Mégantic et qui se dépensent à Lac-Mégantic. Tout ça vers Sherbrooke.»

À géographie variable

«Les coupures que nous avons connues dans le système de santé représentent une perte de richesse pour la région et ont de lourdes conséquences sur notre économie. C’est avec des réformes et des décisions comme celles-ci que le gouvernement dévitalise les régions. On ne doit plus perdre de citoyens ni d’emplois. Sinon, il nous sera impossible de mener à bien notre mission d’attraction de main-d’œuvre», clame la préfet de la MRC.

Les organismes communautaires se dressent également sur la première ligne de bataille. Leur porte-parole, Monique Phérivong Lenoir : «Comment expliquer que ce qui est bon pour les uns ne l’est pas pour les autres? D’un côté, le gouvernement nous explique depuis plusieurs mois qu’il est nécessaire de supprimer des paliers régionaux, comme la CRÉ par exemple, insistant sur l’importance de confier aux MRC davantage de responsabilités, car plus proches du terrain, et donc plus à même de répondre aux besoins de leurs communautés. De l’autre nous apprenons la fusion du CSSS du Granit avec 13 autres établissements de l’Estrie et de la Montérégie. Où est la logique? Dire que les postes ne sont pas abolis mais transférés, c’est jouer avec les mots et avec les gens. Combien quitteront de gré ou de force le Granit? Sommes-nous tous des pions sur l’échiquier du dieu argent? Sommes-nous en train de vivre un nouvel exode rural?»

Président du Conseil des médecins, dentistes et professionnels au CSSS du Granit et membre du CMDP de l’organisation centralisée, le docteur Bernard Gélinas ne peut que partager les inquiétudes du milieu, lui qui pratique dans des régions dites éloignées, le Témiscamingue puis le Granit, depuis 31 ans. «Je me suis longtemps posé la question : pourquoi les petits centres performaient si bien, si propres et si bien organisés. La réponse que j’ai trouvée: parce que les gens ne travaillent pas «à l’hôpital», ils travaillent à «leur» hôpital! Les gens s’approprient cet hôpital-là et essaient de donner un service meilleur que quand tu fais partie d’une grosse business. Avec la réforme, on a perdu la tête de l’hôpital tous les cadres supérieurs sont partis. On travaille avec des cadres de Sherbrooke qui sont bien gentils, bien compétents, mais qui nous trouvent bien loin. Avec les changements qui vont se faire, ce sera excessivement démotivant pour les gens de travailler ici.»

Directeur du Bureau de la reconstruction du centre-ville à Lac-Mégantic, Stéphane Lavalllée ajoute un argument de poids, les séquelles de la tragédie du 6 juillet 2013 qui se feront sentir pendant des générations. «On a déjà perdu depuis deux ans des postes qui étaient d’une importance capitale pour notre communauté, un centre de décision névralgique, des ressources financières et humaines. On perd tout ça au moment le plus critique de notre histoire régionale. S’il faut demander de désigner la MRC du Granit «zone spéciale», on le fera. Pas parce qu’on fait pitié, mais parce qu’on se prend en main.»

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