Pignon sur rue

Dernièrement, j’ai croisé quelques Chevaliers de Colomb inquiets parce que leur projet de salle piétine. Leur volonté est là, mais les planètes tardent à s’aligner. Les Chevaliers n’ont rien de plus pressant que de faire ce qu’ils ont toujours fait: donner au suivant.

Après avoir perdu l’essentiel de notre patrimoine bâti, ce serait un véritable drame de voir s’effriter notre «patrimoine de solidarité», surtout dans une petite ville comme la nôtre où chacun est appelé à mettre l’épaule à la roue.

J’ai choisi à dessein l’expression «patrimoine de solidarité» étant donné qu’il y a là un savoir-faire, un modus operandi et de multiples contacts qui ont pris des années, voire des dizaines d’années à se construire. Notre équilibre social en dépend. Les clubs Optimiste, Richelieu, Lion, Chevaliers de Colomb et autres se dévouent pour nous; nous avons donc un devoir de reconnaissance. Nous avons eu et nous aurons encore besoin d’eux. Tôt ou tard, ils auront besoin de nous parce que notre qualité de vie est à l’aune de notre générosité.

Ayant choisi de nous convier à leur table comme moyen de financement, les Chevaliers de Colomb ont absolument besoin d’un pied à terre. C’est noble et généreux de nourrir à la fois le corps et le cœur parce que ce type de rencontre donne l’occasion aux gens de se voir et de se parler, sinon de se reconnaître. Au-delà d’une collecte de fonds, c’est une sortie et, d’une certaine manière, l’acceptation de l’autre parce que nous allons à sa rencontre. Prendre le risque de la disparition des Chevaliers ou de tout autre club de bienfaisance, ce serait initier un effet domino imprévisible et sous-estimer les dommages collatéraux: comment feront les organismes qui comptent sur eux? Déjà qu’ils sont à bout de souffle. Pensez à la Maison La Cinquième Saison, à la réfection de l’église et tantôt, à la réparation du vitrail, etc.

Il ne faut pas échapper cette tradition philanthropique parce que partir de zéro, c’est à coup sûr se préparer un enterrement. Les Chevaliers grisonnent, voire blanchissent; s’ils pouvaient laisser en héritage une salle bien équipée, ils pourraient alors se consacrer à transmettre leur compassion à la relève et leur savoir-faire acquis d’une longue expérience.

Ce serait une manière de redonner de la vie à la vie. Le midi, quand nous passions devant la salle des Chevaliers, nous savions que des funérailles avaient eu lieu le matin; en après-midi, qu’une noce se célébrait; le dimanche matin, qu’un brunch servait une cause ou répondait à un besoin pressant. Dans le parc, nous y voyions souvent des invités, une mariée radieuse s’y faire photographier et des Méganticois fiers de leur ville devant leurs visiteurs charmés par le spectacle d’une nature qui s’offre à eux. C’était là le quotidien du bonheur simple et tranquille, celui que nous avions et auquel les Chevaliers participaient. Tout cela à un prix abordable pour un service clefs en main, dans un décor enchanteur et ce, avec un retour social sur l’investissement. On ne peut pas faire mieux!

Si les Chevaliers de Colomb avaient pignon sur le boulevard des Vétérans ou au moins une salle clairement identifiée à leur nom, ce serait symboliquement redonner à la population un repère perdu, une appellation contrôlée. Au nom de tous les services rendus, ce serait un hommage mérité à leur rendre. Il ne s’agit pas de leur élever une statue dont ils ne veulent pas, mais juste de leur permettre de continuer… continuellement! Quel bonheur de revoir, même métamorphosé, quelque chose d’hier renaître de ses cendres!

Paul Dostie

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