L’achat local reprend ses droits

L’achat local reprend ses droits - Claudia Collard : Actualités Économie Coronavirus (COVID-19)
Jacinthe Lacombe, propriétaire de Couleur Bonheur a accueilli ses premiers clients dès l’ouverture.
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À gauche, la propriétaire d'Au coin d'Émilia, Élizabeth Roy,
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Julie Cloutier, propriétaire de Chaussures Bolduc.
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Sonia Bolduc, propriétaire de Chaussures Pop.

Un air de renouveau planait lundi matin sur la promenade Papineau. Dès la réouverture des commerces de détail, à 10h, des clients étaient au rendez-vous. Pour le plus grand plaisir des entrepreneures rencontrées, toutes enthousiastes d’être de retour, malgré les importantes pertes engendrées par la situation actuelle.

Signe des temps, gel désinfectant à l’entrée, panneaux de plexiglas aux caisses et pastilles de distanciation au sol attendaient la clientèle. Une clientèle au demeurant déjà habituée à ces mesures de protection, qui ont cours depuis le début de la pandémie. Mais surtout, une clientèle sachant exactement ce qu’elle veut. «On ne vient pas juste pour regarder, donc les achats se font quand même rapidement. Je pense qu’à mesure qu’on assouplira les règles, les gens vont reprendre leurs habitudes d’avant. C’est aussi le fun de juste venir «fouiner»; pour certains, c’est l’équivalent d’une sortie», partage Élisabeth Roy, propriétaire de la boutique Au coin d’Émilia.

«C’est sûr que même en étant confinés, les gens ont des besoins. Ce matin, les premiers clients voulaient des souliers de marche, une activité très populaire ces temps-ci», fait valoir Julie Cloutier, propriétaire de Chaussures Bolduc.

Chez Chaussures Pop, des clients se pressaient aussi à la porte dès l’ouverture. «Je reçois aussi plusieurs appels de gens qui veulent savoir si on est bien ouvert. Lorsqu’on a dû fermer, plusieurs personnes m’ont contactée pour me signifier qu’elles viendraient m’encourager au lieu d’acheter sur internet. Ça veut dire qu’en région on se tient, que les gens d’ici sont vraiment sensibilisés à l’achat local. Je ressens vraiment ce soutien et c’est très apprécié», partage la propriétaire Sonia Bolduc, qui avoue avoir eu beaucoup de mal à mettre la clé dans la porte au terme de la journée du 23 mars. «Ce commerce, c’est mon bébé.»

À l’instar des autres commerçantes interrogées, Jacinthe Lacombe a continué à desservir sa clientèle durant la pause obligée. «En fait je n’ai jamais arrêté. J’ai fait des livraisons et consacré du temps à réaménager la boutique. Quand j’ai su qu’on pouvait rouvrir le 4 mai, je me suis  organisée, j’ai fabriqué mes propres masques, trouvé du gel désinfectant (denrée rare ces temps-ci), des ronds de distanciation, du plexiglas… Je suis contente de revoir la clientèle.»

Bien que des ventes à distance ont pu être effectuées pendant le confinement commercial, Mme Lacombe ne cache pas que les pertes seront considérables. «C’est sûr que ça donne un coup. Au moins il n’a pas fait encore super beau, donc mes vêtements d’été ne se seraient peut-être pas tant vendus… J’espère que ce sera le cas maintenant. Les gens se sont fait tellement dire d’acheter local…»

Lorsque la fermeture des commerces a été décrétée, la marchandise printemps/été était pratiquement toute arrivée, informe Julie Cloutier. «Cette marchandise arrive en février jusqu’à la mi-mars, donc on en était à notre début de saison. Cet inventaire ne pourra pas être complètement vendu cet été. Qu’est-ce qu’on va faire lorsque la marchandise d’hiver va rentrer? On est dans l’inconnu pour l’instant. On a au moins la chance de faire partie d’un regroupement, Bülle, ce qui nous permet d’avoir des discussions avec d’autres marchands indépendants, de voir comment ils réagissent dans leur coin et d’échanger des idées», explique la propriétaire de Chaussures Bolduc, qui, en plus des livraisons et de contacts avec les fournisseurs, a pris part presque quotidiennement à des webinaires offerts par divers organismes. «Les commerçants sont quand même dynamiques et positifs. Et sur Papineau, on se tient beaucoup!»

«Je n’ai pas calculé encore, mais c’est sur que j’ai des pertes. Comme j’étais personnellement en déménagement, j’ai consacré du temps à ça durant le confinement. J’ai donc moins mis d’énergie sur le magasin que je l’aurais fait en temps normal. Mais c’est certain que mars et avril, ce sont des bons mois. On vend les vêtements printemps/été à plein prix, on n’est pas encore dans les spéciaux. Maintenant, c’est la période où les rabais débutent», explique Élizabeth Roy.

Sonia Bolduc souhaite également ne pas se retrouver avec trop d’inventaire avant la prochaine saison. «J’espérais surtout ne pas perdre mon mois de mai, c’est vraiment la période pour le soulier et l’espadrille. C’est comme octobre et novembre pour les bottes. Est-ce que je vais pouvoir rattraper mes pertes? Ce n’est pas sûr. Mais c’est une guerre mondiale qu’on vit, contre un ennemi invisible. Il y a eu des crises économiques par le passé; quand tu pars un commerce, tu ne sais jamais ce qui peut arriver. Et personne ne pouvait prévoir que du jour au lendemain, on devait tout arrêter. C’est sûr qu’on n’aura pas de surplus. Mais survivre à ça, ce sera déjà extraordinaire.»



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