Et si la voie était dans la mobilité collective et durable?

Le 6 juillet 2022, ça fera deux ans que je suis Méganticoise. Le 6 juillet oui, et ce n’est pas une date que j’ai choisie. Une partie de moi a reçu ça comme un signe, mon petit côté ésotérique sûrement. C’est la compagnie de location qui m’a réservé le dernier camion 20 pi. qui leur restait début juillet 2020, dans les premiers mois de cette effroyable pandémie. Toute une aventure, quitter Montréal pour Lac-Mégantic. Cette décision, je l’apprécie tous les jours. Je suis foncièrement bien ici.

Dans ma ville d’adoption, j’aspire à une vie équilibrée. À me créer des repères. Aussi à m’y impliquer avec fougue et dévouement. Je suis faite de même. Les gens ici m’ont accueilli à bras ouverts et j’ai ressenti tant de potentiels. En retour, je n’ai pas fait les choses à moitié. En plus des amitiés, d’avoir profité du lac presqu’à chaque jour de l’été et géré avec passion l’OBNL Quartier artisan, j’ai trouvé le temps de siéger à la Commission des arts, de la culture et du patrimoine et sur les CA de la Chapelle du Rang 1 et de l’Office municipal d’habitation du Granit. Je suis une femme qui aime comprendre et contribuer. J’aime par-dessus tout faire une différence positive auprès des gens comme dans les milieux que je fréquente, par des petits et grands gestes.

Impossible de passer sous silence que si je suis ici, si j’ai l’opportunité de diriger Quartier artisan, c’est fou à dire, c’est parce qu’il y a eu la tragédie. Parce que des initiatives sont nées en réponse à la tragédie. Parce qu’il fallait reconstruire et que des gens ont cru en l’innovation, la culture et l’entrepreneuriat pour ramener à la vie la ville meurtrie. Quartier artisan, c’est la matérialisation des concepts de revitalisation urbaine qui font école actuellement. Ce projet unique m’a amenée à découvrir la région et la communauté d’exception qui la peuple, et a fait naître en moi l’envie de m’établir pour prendre part aux prochains chapitres. J’ai rarement senti auparavant l’envie aussi forte de m’enraciner quelque part.

Je vous raconte tout ça d’entrée de jeu parce que je sens le besoin de donner du poids à ce que vous êtes sur le point de lire, de faire comprendre mon bagage et les fondements de mon appartenance à la région. J’ai aussi lu des articles sur le sujet, des rapports, écouté des reportages, été au théâtre, discuté avec les gens impliqués, pris connaissance des initiatives existantes, et la petite voix de mon syndrome de l’imposteur a fini par se calmer. Je sens que mon opinion est légitime.

Le train n’est pas un ennemi. Il n’est pas un démon. C’est un des moyens de transport les plus extraordinaires qui soit. Les villes se sont bâties autour d’eux, l’économie québécoise s’est appuyée sur les chemins de fer pour progresser. Ils transportent des humains et des cargaisons depuis près de 200 ans dans la province. Le train est un moteur de changement. Le train peut être destructeur aussi, je vous l’accorde sans conteste, de tout cœur avec vos souvenirs inconsolables. Sincèrement, avec respect.

S’il est mal régi, le train peut être dangereux oui. Il engendre même des tragédies. Maintenant, est-ce à lui d’être condamné? Il pourrait reprendre son histoire où il l’a laissée par accident en 2013, puis retrouver ses lettres de noblesse. Des centaines de villes ainsi reliées par de longs tracés sinueux, s’appuient sur l’accessibilité des trains pour desservir leurs communautés. Il existe dorénavant des méthodes éprouvées pour sécuriser les transports ferroviaires et diversifier les énergies qui les propulsent.

En parallèle, on prend conscience du besoin de revoir nos manières de faire. Nos manières de consommer, se nourrir et se divertir, se loger et se déplacer. Se réconcilier avec le train apporterait une réponse humaine et environnementale à la croissance durable de notre ville, non? Faire de la mobilité collective un moteur de renouveau, c’est une avenue intéressante, non? Il n’existe pas de solution parfaite, alors pourquoi ne pas envisager celle qui ouvrirait un monde de possibilités? Ça résonne pleinement avec mes valeurs. Et les vôtres?

Il faut ramener les gens dans les trains, dans les villes, ramener cette habitude, cette liberté, cette conscience. Imaginez la gare en un pôle d’accueil, de services économiques et touristiques. Les citoyens qui profitent d’un transport en commun à la fine pointe sillonnant les artères existantes. Il pourrait relier les extrémités de la ville et tous les services entre les deux, sans même polluer. Imaginez le centre-ville reprendre ses forces par ces gens qui affluent en toute simplicité par la voie ferrée. Peu importe la saison. Le temps d’un weekend, d’une escapade, pour une réunion, naviguer notre lac, gravir les montagnes, s’émerveiller des étoiles. Imaginez la marina fleurir au rythme des dynamiques renouvelées par cette vitalité.

Conserver le tracé tel qu’il est, mettre en place les dispositifs les plus sécuritaires, envisager des trains électriques, faire des alliances, réhabiliter un mode de vie et de transport collectif durable, il me semble que c’est là que réside la suite du monde. 

Sarah Girouard

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