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Le combat de Mia Guénette : exclue de ses stages en soins infirmiers en raison de sa grossesse
Mia Guénette, une étudiante en soins infirmiers au campus méganticois du Cégep Beauce-Appalaches, devait normalement finir sa scolarité en mai 2027 et passer l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec le 27 septembre 2027. (Photo - Adèle St-Jacques)
Mia Guénette avait l’espoir de joindre l’équipe du département d’obstétrique à l’hôpital de Lac-Mégantic en septembre prochain, dès qu’elle aurait passé l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Le Cégep Beauce-Appalaches a toutefois pris une décision venant bouleverser le parcours de cette jeune relève.
En effet, la jeune femme, déjà maman d’une petite fille de deux ans, a reçu un courriel à la mi-septembre lui indiquant que l’administration du Cégep avait pris la décision de la retirer de son stage « afin de prioriser sa sécurité et son bien-être ».
La date limite d’abandon des cours étant fixée seulement trois jours après que Mia ait reçu cette communication de la part de l’établissement scolaire, l’étudiante a été contrainte d’obtempérer rapidement afin de ne pas obtenir d’échec à son dossier.
« J’ai proposé différentes solutions, comme effectuer des travaux compensatoires ou encore signer une décharge de responsabilité, mais on m’a répondu qu’aucune de ces options n’était possible et qu’il n’existait aucune solution permettant de poursuivre ma session », se désole-t-elle.
Un stage considéré comme non sécuritaire pour une femme enceinte
Aux dires du directeur des études et de la vie étudiante du Cégep Beauce-Appalaches, Jean-Philippe Vachon, cette décision a été prise à la suite de recommandations venant de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ainsi que du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Granit.Selon ces instances, la sécurité de la maman et du fœtus n’aurait pas pu être garantie dans deux des trois départements qu’aurait fréquentés l’étudiante dans le cadre de son stage, soit ceux de la médecine et de la chirurgie.
« On ne peut pas la mettre dans cette situation de danger là, alors qu’on a reçu deux signaux d’alarme, un de la CNESST et un du milieu de travail comme tel », a plaidé M. Vachon, indiquant qu’il ne s’agissait pas de la première fois que le Cégep retirait une étudiante enceinte de son milieu de stage.
« On est persuadé, avec les informations que nous avons reçues à la fois de la CNESST et du milieu de travail, que la meilleure décision à prendre pour la sécurité de l’étudiante, c’est de la retirer de son stage », défend-il.
Pour Mia, il y a toutefois un manque de cohérence à l’égard de cette décision. « Dans certains des milieux cliniques où le Cégep m’a refusé l’accès en raison de ma grossesse, il y a actuellement des étudiantes infirmières auxiliaires, une candidate à l’exercice de la profession infirmière (CEPI) ainsi que des infirmières qui sont enceintes ou qui l’ont été récemment », a-t-elle fait valoir, visiblement perplexe à l’égard des raisons évoquées.
Le travail de préposée aux bénéficiaires que Mia occupe durant ses études l’expose d’ailleurs, selon elle, à des situations similaires, voire beaucoup plus exigeantes que son travail d’infirmière. Elle pourra toutefois demeurer à son emploi de préposée pendant sa grossesse sans problème.
La jeune femme soutient finalement que ses maîtres de stages semblaient à l’aise de la soutenir de manière sécuritaire avant que l’administration du Cégep ne l’oblige à quitter son milieu.
Une situation discriminatoire ?
Juliane Réhaume, collègue de classe et bonne amie de Mia, voit dans cette situation un enjeu de discrimination.« Selon la Charte des droits et libertés, une femme ne peut pas être exclue ou traitée différemment parce qu’elle est enceinte. Là, elle est littéralement exclue du programme parce qu’elle attend un enfant », s’indigne la jeune femme.
« J’ai aidé Mia dans les démarches pour faire une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, ajoute l’étudiante. Selon celle qui a répondu à mes questions au téléphone, ça valait vraiment la peine que Mia dépose une plainte. »
Mia Guénette a de son côté l’impression qu’elle doit faire un choix entre poursuivre sa scolarité ou avoir un enfant.
« Peut-être que l’année prochaine ou dans deux ans, je vais avoir le goût d’avoir un troisième bébé. À ce moment, il va falloir que je me demande si je veux enfin terminer ma technique ou faire un autre enfant », explique-t-elle, découragée.
La cohorte en soins infirmiers ne partant pas systématiquement chaque année au campus de Lac-Mégantic, la maman devra attendre la session d’automne 2028 avant de pouvoir poursuivre son cheminement scolaire.
« Tant qu’à attendre deux ans, je me dis que je pourrais faire autre chose. Mais c’est dommage, parce que c’est ça que je veux faire dans la vie », revendique Mia, tout à fait consciente que l’hôpital est pourtant à la recherche d’infirmières dans le département qu’elle convoite, soit celui de l’obstétrique.
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