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Une première nuit des sans-abris à Lac-Mégantic
Lors de la Nuit des sans-abris de Mégantic, les participants ont eu droit à de la musique, de la nourriture et des témoignages. (Photo - Denis Lord)
Des témoignages, une collecte de vêtements, mais aussi de la musique et du slam : la première Nuit des sans-abris de Lac-Mégantic, tenue le 16 octobre dernier, a été à la fois un moment d’entraide, une fête et une occasion de se conscientiser.
En guise de reconnaissance, l’invité d’honneur de l’événement, le comédien et conférencier Jean-Marie Lapointe, lui a remis le trophée Gémeau jadis reçu pour la série Face à la rue « Mais tu me le rapportes demain », a-t-il plaisanté.
Briser les préjugés
Sylvie-Ann Dostie, de l’Ensoleillée, qui faisait également partie du comité organisateur, a émis une série de vœux.« Je souhaite que, par ce rassemblement, on brise les préjugés sur la réalité de l’itinérance […], qu’on développe une sensibilité face à cette réalité et qu’on arrête d’avoir envie de l’ignorer », a-t-elle formulé.
« Je souhaite aussi que les personnes en situation d’itinérance soient vues pour qui elles sont : des êtres humains. Je souhaite qu’elles sachent qu’elles sont importantes […], que c’est possible de s’en sortir et qu’il y a des ressources pour les aider. »
Un phénomène croissant
Le phénomène de l’itinérance prend de l’ampleur et est loin de se limiter aux centres urbains, constatent de nombreux observateurs.« Ce n’est plus juste dans les gros centres, signale Sylvain Nadeau, président du conseil d’administration de l’Ancrage du Granit, une maison d’hébergement temporaire. Ça arrive dans les régions aussi. »
Des itinérants qui s’installent une tente dans le bois dans la région, ça existe, témoignent Éric Carrière, animateur-intervenant à l’Ensoleillée, une ressource en santé mentale, et le député de Mégantic-L’Érable-Lotbinière, Luc Berthold.
« Quand j’ai été élu député en 2015, je n’aurais jamais cru que je parlerais un jour d’itinérance dans la circonscription, à Thetford, à Lac-Mégantic, avoue ce dernier. […] Il y a plus d’espace, donc c’est moins visible, mais ça commence à apparaître. »
La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, a corroboré l’existence locale de ce drame. Elle a relaté sur Internet que lors de la Nuit des sans-abri, le 16 octobre, une femme affirmant vivre dans sa voiture depuis deux ans est arrivée par hasard à la fête. « Parce qu’elle a osé confier son histoire, a écrit la mairesse, elle a plutôt trouvé un refuge, dans l’écoute de citoyens au grand cœur, d’abord, mais aussi un toit pour la nuit. […] Si cette soirée n’avait servi qu’à ça, ce serait déjà immense. »
Des visages multiples
Si la tente constitue le visage emblématique de l’itinérance, celle-ci existe aussi sous des modes moins tangibles.« La réalité de l’itinérance en ce moment, c’est qu’il y a beaucoup de couchsurfing, remarque Éric Carrière. Ils se promènent d’une maison à l’autre, d’un ami à l’autre. À ce niveau, plusieurs personnes ont des problèmes de consommation. »
« Il y a beaucoup plus d’itinérance cachée qu’on le pense, beaucoup de couchsurfing, de gens qui ne savent pas où aller, de plus en plus de jeunes qui n’ont pas les moyens de se payer un appartement », relate de son côté Luc Berthold.
Même des gens qui occupent un emploi peuvent vivre ce problème, relève M. Carrière.
Un engagement du premier ministre
Le 16 octobre, le premier ministre du Québec, Paul St-Pierre Plamondon, a réitéré l’engagement de son gouvernement de réduire l’itinérance de moitié durant les quatre prochaines années et d’investir 1 G$ dans cette action au courant de son mandat.« C’est une bonne nouvelle, se réjouit Éric Carrière. On espère qu’il va mettre ça en priorité. »
« On va collaborer entièrement, assure de son côté le député de Mégantic, Jimmy Gagnon. Il faut vraiment faire quelque chose. »
M. Gagnon soutient qu’il faut intervenir à la source de l’itinérance, par exemple les problèmes de santé mentale : « Il faut commencer à s’y attarder tout de suite, parce que ça peut devenir de pire en pire. »
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